À la maison comme à l’école, le ludique prend de plus en plus de place dans les apprentissages. Et contrairement à une idée reçue, le jeu n’est pas l’ennemi du sérieux. Le philosophe Jacques Henriot le rappelait très justement :
« Le jeu est sérieux, c’est le moins insignifiant des actes. Jouer, ce n’est pas rien faire et parfois, c’est même travailler plus intensément que dans des situations de travail. »
(Sous couleur de jouer, 1989)
Le mot « jeu » vient du latin jocus, qui signifie plaisanterie ou amusement. Pourtant, derrière ce mot se cache un puissant moteur d’apprentissage. Longtemps cantonné à la sphère familiale, le jeu s’invite aujourd’hui de plus en plus dans les classes, y compris au collège et au lycée : serious games, escape games pédagogiques, jeux de rôle, jeux numériques ou jeux de société. Et ce ne sont pas les élèves qui vont s’en plaindre.
Jouer pour apprendre : une histoire vieille comme l’humanité
On parle souvent du jeu « à la maison », mais on pourrait presque dire depuis la préhistoire. Les enfants ont toujours joué pour apprendre. Les archéologues ont par exemple retrouvé sur le site de Tel Nagila, en Israël, des récipients miniatures en argile vieux d’environ 3 500 ans, probablement utilisés par des enfants pour jouer à la dînetteCes objets portent des traces de doigts si petites qu’elles ne peuvent appartenir qu’à des enfants.
Les jeunes animaux jouent également pour apprendre : les lionceaux se battent, les chiots se poursuivent, les chats chassent… sans véritable proie.
Le jeu est donc un mécanisme naturel d’apprentissage.
À l’école aussi, le jeu trouve sa place
Pendant longtemps, l’école a hésité à faire entrer le jeu dans la classe. Parce qu’apprendre, c’est sérieux. Très sérieux. Et pourtant, les choses évoluent. De plus en plus d’enseignants utilisent aujourd’hui des dispositifs ludiques pour aborder certains apprentissages : escape games pédagogiques, jeux de plateau, jeux de rôle, ateliers créatifs, défis collectifs… Certains enseignants en ont même fait une spécialité, comme Monsieur Mathieu, qui propose des escape games pédagogiques dès le CP. Et ça marche… mieux même.
Quand les méthodes traditionnelles montrent leurs limites
Si le jeu prend aujourd’hui plus de place à l’école, c’est aussi parce que les méthodes d’apprentissage évoluent.Depuis longtemps déjà, certains penseurs soulignent que l’on apprend mieux lorsque l’on est acteur de ses apprentissages. Montaigne écrivait déjà : « Éduquer, ce n’est pas remplir des vases, c’est allumer des feux. »
Le jeu permet précisément cela. Lorsqu’un enfant joue, il est confronté à des règles, à des contraintes, à des situations nouvelles. Il doit élaborer des stratégies, collaborer avec d’autres, tester des hypothèses, apprendre de ses erreurs
Autant de compétences essentielles dans l’apprentissage.
Les nombreux atouts du jeu dans l’apprentissage
Le jeu possède de nombreux avantages pédagogiques.
Il permet notamment de :
- motiver l’enfant et stimuler sa concentration
- favoriser la mémorisation
- rendre l’élève actif dans ses apprentissages
- diminuer la peur de l’erreur ou de l’échec
- encourager la coopération et les échanges
- développer l’argumentation et le langage
- structurer la pensée et le raisonnement
Le jeu mobilise souvent plusieurs compétences en même temps : logique, langage, créativité, stratégie… Et surtout, il donne un objectif clair et concret, ce qui favorise l’implication.
Jeu ou exercice : quelle différence ?
Mais finalement, quelle différence entre un exercice et un jeu ? Dans un exercice classique, l’élève applique souvent un savoir déjà acquis. Dans un jeu, l’apprentissage passe par une situation à résoudre : il faut comprendre, expérimenter, essayer, parfois se tromper.
Les jeux pédagogiques introduisent souvent : un scénario, un défi, un rôle à jouer et une dimension collective
Et c’est souvent ce qui change tout. Quand les élèves jouent, ils n’ont pas toujours l’impression d’apprendre… et c’est parfois là que l’apprentissage est le plus efficace.
Une motivation immédiate
Annoncez en fin de journée un jeu de plateau projeté sur le tableau numérique, un escape game sur les énergies ou un atelier créatif pour fabriquer une petite voiture avec un rouleau de papier toilette… La réaction est presque toujours la même : « Youpi ! » C’est exactement la même chose à la maison un dimanche pluvieux. Et si on jouait ?
Et si on apprenait… sans même s’en rendre compte ?
Pour aller plus loin
- Une première version de cet article a été publiée sur L’Atelier STABILO (par Marie Wattier, créatrice de Ludodago)
- Un jeu de rôle sur les énergies conçu par Ludodago
- Le jeu de l’oie des énergies conçu par Ludodago https://www.planete-energies.com/fr/media/jeu/jeu-loie-energies
- L’escape game aux dessins animés pour apprendre à porter secours conçu par Ludodago : https://www.gmf.fr/education-nationale-risques-domestiques
Sources
Jacques Henriot – Sous couleur de jouer (1989)
Découverte de jouets anciens à Tel Nagila
https://www.maxisciences.com/jouet/des-jouets-d-enfants-anciens-decouverts-parmi-des-vestiges_art40285.html
Monsieur Mathieu – pédagogie et escape games
https://lewebpedagogique.com/monsieurmathieundlronchin/
L’apprentissage par le jeu – Ligue de l’enseignement
https://ligue-enseignement.be/lapprentissage-par-le-jeu

